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Location saisonnière : quelle assurance quand la loi se durcit ?

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Vous louez votre logement quelques semaines d’été, ou vous réservez vous-même une maison de vacances : qui paie si le séjour tourne au dégât des eaux ? Voici les couvertures à vérifier, côté propriétaire comme côté vacancier, et ce que le durcissement réglementaire de 2026 change.

L’essentiel

  • Une multirisque habitation classique ne couvre pas d’office la location saisonnière : prévenez votre assureur avant de publier la première annonce.
  • L’article L113-2 du code des assurances vous laisse quinze jours pour déclarer une circonstance nouvelle qui aggrave le risque.
  • Trois montages existent côté propriétaire : extension avec abandon de recours, assurance « pour le compte de qui il appartiendra », ou contrat propriétaire non occupant.
  • Le piège le plus fréquent : croire que la garantie d’une plateforme, type AirCover, remplace une assurance habitation — Airbnb écrit lui-même le contraire.

L’assurance d’une location saisonnière repose sur trois étages complémentaires : le contrat du propriétaire, adapté à la location courte durée ; la responsabilité civile du vacancier, le plus souvent via sa garantie villégiature ; et, en appoint seulement, la protection proposée par la plateforme de réservation. Aucun de ces étages ne remplace les deux autres. Depuis la loi Le Meur et le règlement européen applicable au 20 mai 2026, l’activité devient enregistrée et tracée — un contrat mal calibré n’en est que plus visible.

La multirisque habitation ne couvre pas d’office la location saisonnière

Un contrat multirisque habitation est calibré pour un usage privé : vous, votre famille, vos invités. Confier les clés à des vacanciers qui paient change la nature du risque. C’est pourquoi France Assureurs, la fédération professionnelle du secteur, recommande d’indiquer à votre assureur que vous envisagez la location saisonnière, et de faire adapter le contrat.

L’article L113-2 du code des assurances impose de déclarer, en cours de contrat, « les circonstances nouvelles qui ont pour conséquence soit d’aggraver les risques, soit d’en créer de nouveaux », sous quinze jours et par envoi recommandé. Mettre son logement en location payante entre typiquement dans ce cadre.

Concrètement : vous partez trois semaines en août et voulez louer votre appartement pendant votre absence. Appelez votre assureur avant. Certains contrats tolèrent une location occasionnelle telle quelle, d’autres exigent une extension payante, d’autres encore l’excluent. La réponse est dans vos conditions générales.

Abandon de recours ou assurance « pour le compte de qui il appartiendra »

Premier montage classique : la clause d’abandon de recours. Le propriétaire renonce par avance à se retourner contre le locataire si celui-ci endommage le logement ; c’est alors l’assurance du propriétaire qui prend le sinistre en charge. Selon France Assureurs, la clause doit figurer à deux endroits : dans l’engagement de location signé avec le vacancier, et dans le contrat d’assurance du propriétaire.

Attention à sa limite : l’abandon de recours ne joue qu’entre le propriétaire et son locataire. La responsabilité du vacancier demeure entière à l’égard des voisins et des tiers — un incendie qui se propage à l’appartement du dessous reste son affaire, et celle de son assureur.

Second montage : l’assurance « pour le compte de qui il appartiendra ». Le contrat du propriétaire couvre alors aussi la responsabilité des occupants successifs. C’est la formule la plus confortable pour une location qui enchaîne les voyageurs, puisqu’elle ne dépend pas de l’assurance de chaque vacancier. Son coût et son périmètre varient selon les contrats : demandez un écrit à votre assureur.

Logement dédié à la location : la piste du contrat propriétaire non occupant

Si le bien n’est pas votre résidence principale — une maison de famille louée l’été, un appartement acheté pour la courte durée —, le contrat adapté est souvent l’assurance propriétaire non occupant, dite PNO. Elle couvre le logement que vous n’habitez pas, y compris pendant les périodes de vacance entre deux séjours, quand une multirisque classique suppose un occupant.

En copropriété, une partie de cette couverture n’est pas optionnelle. Depuis la loi Alur du 24 mars 2014, l’article 9-1 de la loi du 10 juillet 1965 dispose que « chaque copropriétaire est tenu de s’assurer contre les risques de responsabilité civile dont il doit répondre en sa qualité soit de copropriétaire occupant, soit de copropriétaire non-occupant ». Louer en saisonnier ne vous en dispense pas.

La PNO s’articule avec l’assurance de l’immeuble souscrite par le syndicat et avec celle de l’occupant du moment. En cas de doute, demandez par écrit à votre assureur qui couvre quoi : cette répartition fait la différence le jour du sinistre.

AirCover et garanties des plateformes : un filet, pas une assurance habitation

Airbnb met en avant AirCover pour les hôtes, qui combine plusieurs briques : vérification d’identité des voyageurs, garantie dommages annoncée jusqu’à 3 millions de dollars US, assurance responsabilité civile hôte annoncée jusqu’à 1 million de dollars US, et une ligne d’assistance sécurité. La garantie dommages vise les dégâts causés par les voyageurs au logement et aux biens.

Mais la plateforme elle-même fixe la limite de l’exercice : AirCover « ne peut se substituer à une assurance personnelle », et Airbnb invite ses hôtes à vérifier leurs protections auprès de leur propre assureur. Les montants sont en dollars, les conditions et exclusions figurent dans des documents contractuels détaillés, et le dispositif ne joue que pour les séjours réservés via la plateforme : une location conclue en direct n’en bénéficie pas.

Chaque plateforme a son propre dispositif. Traitez ces garanties comme un complément appréciable, jamais comme le socle : le socle, c’est votre contrat d’assurance, déclaré et adapté.

Côté vacancier : l’article 1733 du code civil et la garantie villégiature

Le locataire d’une location de vacances n’est pas un simple invité. L’article 1733 du code civil pose une présomption lourde : « il répond de l’incendie, à moins qu’il ne prouve que l’incendie est arrivé par cas fortuit ou force majeure, ou par vice de construction, ou que le feu a été communiqué par une maison voisine ». En cas d’incendie, c’est au locataire de prouver qu’il n’y est pour rien.

La parade existe déjà dans la plupart des contrats multirisque habitation : la garantie responsabilité civile villégiature. Elle couvre votre responsabilité lorsque vous êtes locataire ou occupant d’un logement de vacances et que vous causez un dommage garanti — incendie, dégât des eaux notamment. Avant de partir, vérifiez dans vos conditions générales la durée maximale de séjour couverte, la couverture à l’étranger et les franchises.

Le propriétaire peut demander une attestation de villégiature à la réservation. Votre assureur la délivre sur simple demande ; à défaut de garantie, une extension temporaire est souvent possible, selon les contrats.

Ce que la réglementation change en 2026 — et pourquoi votre assureur s’y intéresse

La loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024, dite loi Le Meur, renforce la régulation des meublés de tourisme. Deux points concernent directement les loueurs : les communes peuvent, par délibération motivée, abaisser le plafond de location de la résidence principale de 120 à 90 jours par an ; et la déclaration avec enregistrement se généralise via un téléservice national délivrant un numéro, au plus tard le 20 mai 2026.

Cette date n’est pas un hasard : c’est celle à laquelle le règlement (UE) 2024/1028 sur la collecte et le partage des données des locations de courte durée est devenu applicable dans toute l’Union. Numéro d’enregistrement affiché sur l’annonce, données d’activité transmises par les plateformes aux autorités : l’activité de chaque loueur devient traçable.

Le lien avec l’assurance est direct. Un contrat souscrit pour un usage strictement personnel, alors que le logement est loué de façon répétée et enregistrée, expose à une discussion difficile en cas de sinistre. Mettez en cohérence ce que vous déclarez à la commune, au fisc et à votre assureur : l’activité est désormais documentée de bout en bout.

Vos questions, nos réponses

Ma multirisque habitation couvre-t-elle automatiquement une location saisonnière ?

Non, pas automatiquement. Une multirisque habitation est conçue pour un usage privé, et la mise en location payante peut constituer une aggravation de risque que l’article L113-2 du code des assurances vous impose de déclarer sous quinze jours. Selon les contrats, la location occasionnelle est tolérée, soumise à extension ou exclue. France Assureurs recommande de prévenir son assureur avant de louer et de faire adapter le contrat, par exemple avec une clause d’abandon de recours ou une assurance « pour le compte de qui il appartiendra ». Vérifiez vos conditions générales et demandez une confirmation écrite.

AirCover d’Airbnb remplace-t-il une assurance habitation ?

Non. Airbnb indique lui-même qu’AirCover « ne peut se substituer à une assurance personnelle » et invite les hôtes à consulter leur assureur. Le dispositif combine une garantie dommages annoncée jusqu’à 3 millions de dollars US et une assurance responsabilité civile hôte annoncée jusqu’à 1 million de dollars US, mais il ne joue que pour les séjours réservés via la plateforme, selon des conditions et exclusions contractuelles précises. Il ne couvre ni les locations conclues en direct, ni ce que votre contrat d’habitation est censé garantir. C’est un complément, pas un socle.

Le propriétaire peut-il exiger une attestation d’assurance du vacancier ?

Oui, il peut la demander au moment de la réservation, et c’est une pratique courante. Le vacancier l’obtient auprès de son assureur : la plupart des contrats multirisque habitation incluent une garantie responsabilité civile villégiature, qui couvre les dommages causés au logement loué pendant un séjour. L’enjeu n’est pas anodin : l’article 1733 du code civil fait peser sur le locataire une présomption de responsabilité en cas d’incendie, sauf preuve d’un cas fortuit, d’une force majeure, d’un vice de construction ou d’un feu venu d’une maison voisine. Sans garantie villégiature, le vacancier s’expose personnellement.

Combien de jours peut-on louer sa résidence principale en meublé de tourisme ?

120 jours par année civile au maximum dans le cas général — mais depuis la loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024, votre commune peut abaisser ce plafond jusqu’à 90 jours par une délibération motivée. Renseignez-vous en mairie avant de planifier votre saison. S’ajoutent la déclaration avec enregistrement, généralisée via un téléservice national au plus tard le 20 mai 2026, et l’affichage du numéro d’enregistrement sur les annonces, imposé par le règlement européen 2024/1028. Pensez aussi à déclarer cette activité à votre assureur.

Julien Juchereau

Julien Juchereau accompagne les particuliers sur leurs assurances — patrimoine, habitation, santé, épargne — pour protéger ce qui compte.

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