Feu de forêt et assurance : ce qui est couvert, bien par bien
Les flammes ont traversé votre terrain, la toiture a souffert, la clôture a brûlé et la voiture stationnée dehors est bonne pour la casse. Reste à savoir quelle garantie actionner, pour quels biens et avec quelle franchise. Cet article passe en revue, bien par bien, ce que votre contrat prend en charge après un feu de forêt — et ce qu’il laisse de côté.
L’essentiel
- Un feu de forêt est indemnisé par la garantie incendie de votre assurance habitation, pas par le régime des catastrophes naturelles.
- Vous disposez d’au moins 5 jours ouvrés pour déclarer le sinistre ; pour les incendies de l’été 2026 en Gironde, dans les Landes et le Var, les assureurs acceptent les déclarations jusqu’au 31 août 2026.
- Une déclaration écrite à l’assureur, appuyée de photos et de factures, déclenche l’expertise puis l’indemnisation.
- Piège : jardin, plantations et clôtures sont souvent exclus ou plafonnés, et un défaut de débroussaillement peut ajouter jusqu’à 5 000 € de franchise supplémentaire.
Après un feu de forêt, les dommages causés à votre maison et à vos biens sont pris en charge par la garantie incendie de votre contrat multirisques habitation, avec la franchise prévue au contrat, et non par le régime des catastrophes naturelles, réservé aux dommages non assurables. Cette distinction change tout : pas d’arrêté interministériel à attendre, pas de franchise légale, mais des conditions et des plafonds qui varient d’un contrat à l’autre. D’où l’importance de savoir, poste par poste, ce que votre assureur doit réellement vous rembourser.
Pourquoi la garantie incendie, et pas les catastrophes naturelles
Le régime des catastrophes naturelles, défini à l’article L.125-1 du code des assurances, ne s’applique qu’aux « dommages matériels directs non assurables » causés par l’intensité anormale d’un agent naturel : inondation, sécheresse, glissement de terrain. Un incendie, même parti d’un massif forestier, est un risque assurable classique, couvert depuis toujours par les contrats. Il reste donc hors du champ « CatNat » — les deux régimes obéissent à des logiques différentes que nous comparons dans un article dédié.
Concrètement, c’est la garantie incendie de votre multirisques habitation qui joue, sans qu’aucun arrêté de reconnaissance soit nécessaire. La contrepartie : la franchise n’est pas la franchise légale de 380 € propre aux catastrophes naturelles, mais celle inscrite dans vos conditions particulières. Elle peut être plus basse, plus haute, ou nulle. Sortez votre contrat : c’est lui qui fixe la règle du jeu.
La maison et ses dépendances : le socle de la garantie
Le bâtiment d’habitation est le cœur de la couverture : murs, toiture, menuiseries, installations fixes. La garantie incendie ne se limite pas aux biens réduits en cendres. Elle couvre aussi les dommages causés par la fumée et les dégâts occasionnés par les opérations de secours : eau d’extinction, produits retardants pulvérisés par les Canadairs, portes forcées par les pompiers, voire démolition d’urgence pour stopper la propagation.
Les dépendances — garage, atelier, cabanon en dur — sont couvertes à condition d’avoir été déclarées au contrat. C’est un point de friction classique : si votre contrat mentionne une dépendance de 20 m² et que l’abri qui a brûlé en fait 40, l’indemnisation peut être réduite. Vérifiez les surfaces et le nombre de dépendances inscrits dans vos conditions particulières, idéalement avant le sinistre, au plus tard au moment de la déclaration.
L’indemnisation du bâti s’appuie sur une expertise. Selon les contrats, elle se fait en valeur à neuf ou avec un abattement de vétusté. Là encore, aucun barème légal : seules vos conditions générales font foi.
Le mobilier et les objets : feu, fumée, suie et eau
Le contenu du logement — meubles, électroménager, vêtements, matériel informatique — est indemnisé dans la limite du capital mobilier souscrit. Un canapé noirci par la fumée ou un ordinateur détruit par l’eau d’extinction entrent dans la garantie au même titre qu’un bien carbonisé : le dommage indirect lié au feu est couvert.
Pour être indemnisé, il faut prouver ce que vous possédiez. Conservez les objets endommagés, même détruits : l’expert doit pouvoir les constater. Rassemblez factures, photos, bons de garantie, relevés bancaires. Les objets de valeur (bijoux, œuvres, collections) sont généralement soumis à un plafond spécifique, souvent bien inférieur au capital mobilier global : relisez ce poste avant de chiffrer vos pertes.
Jardin, clôtures, plantations : les grands oubliés des contrats
C’est le poste le plus décevant pour les sinistrés. Les arbres, haies, massifs et pelouses ne font l’objet d’aucune couverture imposée par la loi : la plupart des contrats les excluent de la garantie de base ou les indemnisent dans la limite d’un plafond modeste, via une option « jardin » ou « aménagements extérieurs ». Les clôtures, portails et abris légers suivent le même sort : couverts chez certains assureurs, exclus chez d’autres, plafonnés presque partout. Impossible de donner une règle générale — vérifiez vos conditions générales, poste par poste.
Autre piège propre aux zones exposées : le débroussaillement. Si vous étiez soumis à une obligation légale de débroussaillement et que vous ne l’avez pas respectée, l’article L.122-8 du code des assurances autorise votre assureur à appliquer une franchise supplémentaire pouvant atteindre 5 000 €, qui s’ajoute à celle du contrat. Dans les communes concernées, entretenir son terrain n’est donc pas qu’une question de prévention : c’est aussi une condition d’indemnisation pleine.
La voiture : c’est le contrat auto qui décide, pas l’habitation
Une voiture brûlée dans un feu de forêt ne relève pas de votre assurance habitation, même si elle était garée devant chez vous : c’est le contrat auto qui s’applique. Et tout dépend de sa formule. Le véhicule n’est indemnisé que si le contrat comporte une garantie incendie, présente dans les formules tous risques et dans la plupart des formules intermédiaires. Avec une assurance au tiers simple, qui ne couvre que les dommages causés aux autres, vous ne toucherez rien pour votre propre véhicule. Nous détaillons les garanties auto, l’expertise et l’indemnisation du véhicule brûlé dans un article consacré au sujet.
Relogement, déblais, déclaration : les frais annexes et la marche à suivre
Si le logement est inhabitable, la plupart des multirisques habitation comportent une garantie « frais de relogement » ou « perte d’usage », avec une durée et un plafond propres à chaque contrat. Pour les incendies de l’été 2026 en Gironde, dans les Landes et le Var, France Assureurs a annoncé une mesure exceptionnelle : les personnes évacuées sur ordre des autorités sont remboursées de leurs frais de relogement pendant trois semaines au maximum, même si leur maison n’a finalement subi aucun dommage. Les frais de déblais et de démolition sont, eux, couverts selon les termes du contrat.
Côté démarches, le code des assurances vous laisse au minimum 5 jours ouvrés après le sinistre pour déclarer, par écrit, de préférence en recommandé. Décrivez les circonstances, listez les biens touchés, joignez photos et premiers justificatifs. Pour les sinistrés des feux de l’été 2026 dans les trois départements cités, ce délai est repoussé au 31 août 2026. Un expert mandaté par l’assureur passera ensuite chiffrer les dommages ; vous pouvez vous faire assister par votre propre expert si l’enjeu le justifie. En cas de désaccord persistant, la Médiation de l’assurance peut être saisie gratuitement.
Vos questions, nos réponses
Un feu de forêt est-il reconnu catastrophe naturelle ?
Non. Le régime des catastrophes naturelles est réservé, selon l’article L.125-1 du code des assurances, aux dommages « non assurables » causés par l’intensité anormale d’un agent naturel. Or l’incendie est un risque assurable, couvert par la garantie incendie des contrats habitation : il n’entre donc pas dans ce régime, et aucun arrêté de reconnaissance n’est nécessaire pour être indemnisé. Conséquence pratique : la franchise appliquée est celle de votre contrat, et non la franchise légale de 380 € du régime des catastrophes naturelles. Votre indemnisation dépend donc entièrement des garanties, plafonds et exclusions de votre multirisques habitation.
Quel délai pour déclarer un sinistre après un feu de forêt ?
Cinq jours ouvrés au minimum : c’est le délai que le code des assurances impose aux assureurs de vous laisser pour déclarer un sinistre incendie, à compter du moment où vous en avez connaissance. Votre contrat peut prévoir plus, jamais moins. Déclarez par écrit, en recommandé de préférence, avec photos et liste des biens touchés. Pour les incendies survenus à l’été 2026 en Gironde, dans les Landes et le Var, France Assureurs a exceptionnellement repoussé la date limite de déclaration au 31 août 2026. Si vous avez dépassé le délai pour une raison légitime (évacuation, hospitalisation), signalez-le : la déchéance n’est pas automatique.
Ma voiture brûlée est-elle indemnisée si je suis assuré au tiers ?
Non, pas avec un tiers simple. Cette formule ne couvre que la responsabilité civile, c’est-à-dire les dommages que votre véhicule cause aux autres : elle ne prévoit rien pour votre propre voiture détruite par les flammes. Pour être indemnisé, votre contrat auto doit comporter une garantie incendie, incluse dans les formules tous risques et dans la plupart des formules intermédiaires dites « tiers étendu ». Si c’est le cas, l’assureur indemnise le véhicule sur la base de sa valeur à dire d’expert, après application de la franchise du contrat. L’assurance habitation, elle, n’intervient jamais pour un véhicule immatriculé.
Le défaut de débroussaillement peut-il réduire mon indemnisation ?
Oui. Dans les zones soumises à une obligation légale de débroussaillement, l’article L.122-8 du code des assurances permet à l’assureur d’appliquer une franchise supplémentaire d’un montant maximal de 5 000 € si le sinistre résulte d’un feu de forêt et qu’il est établi que vous n’avez pas respecté cette obligation. Cette franchise s’ajoute à celle prévue par votre contrat : la garantie joue, mais la somme laissée à votre charge grimpe fortement. Pour savoir si votre terrain est concerné, renseignez-vous en mairie : l’obligation dépend du classement de la commune et de la proximité des massifs boisés.